Notre confinement. Vivre et ne pas péter un câble.

Notre confinement. Vivre et ne pas péter un câble.

Il est bien loin le temps où la principale préoccupation de ma fille était de gagner un concours de dessins et le mien était de lui expliquer mon métier de webmarketeur.

C’était avant.

Avant le Coronavirus.

C’était il y a seulement 3 semaines et pourtant j’ai l’impression que c’était il y a 6 mois. Depuis ces jours d’insouciance, nous sommes enfermés chez nous, comme plus de la moitié de l’humanité. J’avoue que ma fierté d’appartenir à une espèce qui a cumulé suffisamment de connaissances et d’intelligence pour s’affranchir des lois de la nature en a pris un coup…

Quoi qu’il en soit, il faut faire avec et s’adapter à cette nouvelle contrainte de « Mère Nature ».

Urgence n°1 : Ne pas être contaminé

Notre principal souci, à Magalie et moi, c’est d’assurer la sécurité de nos deux enfants, qui ont 6 et 8 ans. Nous ne craignons pas vraiment qu’ils tombent malades, vu que le coronavirus semble généralement épargner les enfants (enfin presque).

Observons froidement les statistiques. D’après ce schéma, 14% des contaminés ont besoin d’être hospitalisés pour survivre :

Donc, ça signifie que si le coronavirus s’invite dans notre famille, il y une probabilité (très faible vu nos âges), que ma femme et moi soyons hospitalisés en même temps. Dans ce cas, qui s’occupera de nos enfants ? Nous habitons en Espagne et nous ne pouvons plus rejoindre nos familles. Évidemment, nous avons plusieurs amis qui n’hésiteront pas à les prendre chez eux et qui s’en occuperont très bien. Cependant, ils ont déjà leurs propres enfants et leurs soucis à gérer.

En plus, le système hospitalier est saturé, tout le monde ne bénéficie pas d’une hospitalisation (ce qui augmente probablement le risque de mortalité).

Nos enfants n’ont pas demandé à naître et nous en sommes responsables jusqu’à ce qu’ils aient les moyens de continuer à grandir seuls. En leur donnant la vie, nous avons contracté envers eux une « obligation de survie ». Le mieux à faire pour remplir ce contrat, c’est que le coronavirus n’entre pas dans notre famille.

Comment ne pas être contaminé ?

On l’entend en permanence depuis des jours et des jours, le plus simple pour ne pas être contaminé, c’est de rester confiné chez soi. Une méthode radicale, un peu moyen-âgeuse, mais sans doute efficace. Le point faible de cette stratégie, c’est qu’au bout un moment, on est bien obligé de sortir.

Pas de sortie pour raisons professionnelles

Nous avons de la chance : nous travaillons de chez nous depuis plus de 2 ans et nous ne voyons jamais nos clients physiquement. Le confinement n’a donc eu aucun impact sur notre façon de travailler et nous ne sommes pas obligés de sortir pour des raisons professionnelles. Une bonne chose.

Ne pas aller faire des courses

En 18 jours, nous sommes allés une seule fois faire les courses. Ceci a été possible car dès que nous avons appris que les chinois étaient confinés chez eux (début février), nous nous sommes doutés que cela risquait d’arriver également en Europe. Nous avions alors commencé à faire quotidiennement, petit à petit, des réserves de produits de première nécessité. Nous avons tenté de convaincre nos familles, nos amis et nos confrères d’en faire autant, sans grand succès malheureusement… Ces réserves nous ont permis de ne pas contribuer aux prises d’assaut des supermarchés lorsque le confinement a été décidé. Une bonne chose aussi.

Optimisation des réserves

Pour optimiser les réserves, nous avons fait un inventaire complet de tous les produits dont nous disposions. Nous avions alors de quoi tenir 3 semaines en autonomie complète. Dans ces conditions, nous n’avions pas beaucoup de produits frais, nous avons donc fait rapidement une croix sur le pain, la plupart des fruits, la viande fraiche et les yaourts.

Nous avons rationné la nourriture dès le début du confinement :

  • Terminé le grignotage entre les repas.
  • On ne jette plus aucun reste.
  • La consommation de viande a été divisée par 4.
  • Nous prenons qu’un seul dessert, au lieu de 2.
  • On a supprimé, « l’almuerzo », une sorte de goûter pris vers 11h00 en Espagne.

Se rationner ne signifie pas avoir faim, mais manger uniquement ce dont nous avons besoin, ni plus, ni moins.

Conséquence directe : j’ai perdu 5 kilos, sans avoir eu faim (mais en ayant souvent envie de manger des sucreries, ce qui est différent). Comme quoi, il est possible de maigrir en changeant simplement ses habitudes alimentaires…

Un copain s’est moqué de moi en disant que nous jouions aux survivalistes. Je lui ai répondu, avec sérieux, que nous sommes bel et bien des survivalistes, mais que ce n’était pas un jeu. Il semblait troublé que sa vanne soit rattrapée par la réalité.

Pour être certains d’avoir une alimentation équilibrée et optimiser l’utilisation de nos réserves, nous avons mis en place des menus hebdomadaires.

Fatalement, même en faisant attention, nos réserves alimentaires diminuent chaque jour. Nous allons être bientôt forcés d’aller régulièrement au supermarché pour nous réapprovisionner. L’un de nos soucis, c’est que nous n’avons pas de voiture (vu que nous habitons au milieu d’une grande ville, c’est généralement inutile). Il y a un petit supermarché juste en bas de chez nous mais notre capacité de chargement est limité à un cabas à roulettes et deux gros sacs de courses. L’eau du robinet étant quasiment imbuvable, nous devons transporter 2 packs d’eau, de ce fait, une visite au supermarché nous permet seulement de tenir 3 jours.

Nous avons passé une grosse commande alimentaire à Carrefour, la semaine dernière, elle devrait arriver le 22 avril (soit 4 semaines d’attente).

Aller au supermarché, en limitant la contamination

Pour limiter la contamination, nous avons mis en place un protocole assez lourd pour aller et revenir du supermarché. Nous ignorons si il est vraiment efficace, mais c’est mieux que rien.

Pour aller au supermarché, nous mettons de veilles chaussures, de vieux vêtements et des gants de cuisine. Nous habitons au 6ème étage, nous descendons par l’escalier pour éviter l’ascenseur qui est surement un nid à virus. Le supermarché étant aussi un nid à virus, nous essayons d’y passer le moins de temps possible, nous préparons donc une liste précise de tout ce qu’il faut prendre, dans l’ordre des rayons.

Évidemment, nous ne parlons à personne et nous respectons la « distanciation sociale » (une expression très contradictoire).

C’est déprimant et stressant.

Revenir du supermarché, en limitant la contamination

Pour le retour, je mets le cabas et les sacs dans l’ascenseur et je l’envoie au sixième. Il est réceptionné (avec des gants) par Magalie. Ceci nous permet de ne pas être physiquement présent dans l’ascenseur.

En revenant, nous déposons toutes les denrées non périssables dans le vestibule, où elles restent en quarantaine pendant deux jours.

Les denrées périssables sont mises dans un sac et placées dans un bac du frigo pendant 2 jours.

Celui qui est allé au supermarché se déshabille intégralement, les vêtements sont laissés dans un sac en quarantaine plusieurs jours avant d’être lavés. Nous nous lavons les gants au savon. Il ne reste plus qu’à prendre une douche et à s’habiller avec des vêtements propres.

C’est peut-être un peu trop, mais on préfère en faire trop que d’être hospitalisés. Ou pire, être intubés. Ou pire, mourir, et laisser nos gosses dans la panade.

J’espère que tout ce cirque sera, dans quelques mois, une bonne occasion de rigoler en se disant qu’on exagérait vraiment.

L’urgence n°2 : Ne pas péter un câble

Habituellement, nos journées sont rythmées par l’école et les activités extra-scolaires des enfants (piscine, roller…). L’école a été fermée du jour au lendemain et 2 jours plus tard, nous étions confinés dans notre appartement. Au début, nous avons essayé de gérer la situation comme elle venait, nous prenions :

  • un peu de temps pour faire notre travail.
  • un peu de temps pour s’occuper des enfants.
  • un peu de temps pour se distraire.
  • etc.

Au bout de 2 jours à ce « non-rythme », tout le monde était prêt à péter un câble. Encore quelques jours dans cette ambiance et nous risquions plus de mourir étranglés qu’à cause du coronavirus…

Nous avons alors compris que vu que l’espace était fortement réduit et que le temps passé ensemble était fortement allongé, il fallait trouver une organisation pour que chacun puisse :

  • Faire son travail sereinement.
  • S’occuper des enfants tranquillement.
  • Laisser du temps libre aux enfants pour qu’ils jouent à leurs jeux d’enfants.
  • Faire du sport chaque jour.

Nous avons donc mis en place en place un emploi du temps qui organise la journée de chacun du lever jusqu’au coucher. Chaque membre de la famille sait ce qu’il doit faire à tout moment de la journée.

Nous avons cherché un équilibre pour que chacun dispose de temps de travail et de temps libre. Il y a des moments durant lesquels toute la famille est réuni (repas et sport) et des moments durant lesquels chacun peut s’isoler pour vaquer à ses occupations.

Au début, je trouvais que c’était très stricte et je pensais que les enfants n’apprécieraient pas ce cadre très rigide, mais au final, ils ont immédiatement adopté le système et ils sont les principaux « gardiens du temps ». Depuis la mise en place de l’emploi du temps, les disputes sont devenues rarissimes. Il n’y a plus de négociations pour « regarder les écrans » au lieu de faire les devoirs.

Faire de l’activité physique tous les jours

Vu que le confinement risque fort de durer encore plusieurs semaines (il va sûrement être prolongé jusqu’au 26 avril en Espagne), nous nous obligeons à faire du sport tous les jours pour ne pas avoir des problèmes de santé (et aussi ne pas péter un câble). En Espagne, nous n’avons pas le droit de sortir faire un jogging dans le quartier, ni d’aller sur le toit de l’immeuble. Vu que nous n’avons pas de jardin, notre espace pour faire du sport se limite à l’intérieur notre appartement. Ce qui est peu.

Chaque après-midi nous prenons 1h30 pour faire du sport et prendre les douches. Il y a une première partie « échauffement » durant laquelle nous courrons tous les quatre à la queue dans le couloir de l’appartement en faisant divers mouvements (talons-fessier, genoux hauts, pas chassés…). En temps normal, nous aurions l’air parfaitement ridicules. Hélas, nous ne sommes pas « en temps normal ».

Ensuite, il y a 2 activités :

1) « Atelier gainage », dirigé par moi-même, durant lequel nous faisons des exercices horriblement douloureux, mais terriblement efficaces pour lutter contre le mal de dos :

« Atelier gymnastique », dirigé par Magalie, durant lequel nous faisons travailler l’ensemble du corps :

Les enfants font chaque atelier à tour de rôle. Ils n’aiment pas ça du tout, mais ça leur permet de bien se défouler et ils sont nettement plus calmes après.

Personnellement, je fais deux sessions de gainage par jour, ainsi qu’une session de gymnastique. Je n’ai jamais été autant en forme de toute ma vie, je ne me reconnais plus ! Il aura fallu un confinement international pour que je prenne enfin soin de mon corps…

Nouveau projet web : « Apprendre avec son enfant »

Le début du confinement a coïncidé avec le début des vacances scolaires à Valencia. Du coup, les professeurs ne nous ont pas envoyé de devoirs à faire pendant la première semaine. En tant normal, ça n’aurait pas posé de problème, nous serions sortis en ville avec les enfants pour faire diverses activités (parcs, bibliothèque, piscine, roller, vélo, cinéma…). Mais lorsqu’on est enfermé chez soi, c’est évidemment impossible.

L’air de rien, faire travailler les enfants, c’est aussi un excellent moyen de les occuper et d’avoir du calme (nous avons de la chance les nôtres sont particulièrement scolaires). Nous nous sommes donc rapidement mis à la recherche de ressources pédagogiques pour donner du travail à nos enfants et nous avons commencé à partager nos trouvailles sur notre site éducatif « SitesPE ». Malheureusement, la plupart des fiches de travail que nous trouvions ne répondaient pas vraiment à notre besoin : elles sont très bien faites mais elles sont destinées aux professeurs travaillant avec leur classe et non à un parent avec son enfant. La différence est tellement importante que les fiches sont quasiment inexploitables par les parents. Ce type outil n’est pas adapté à notre besoin, tout simplement.

De ce fait, nous avons rapidement commencé à créer nos propres séries d’exercices pour faire travailler et progresser nos enfants (voir ici). Pour commencer, nous avons immédiatement abandonné le format « fiche à imprimer » qui est lourd à utiliser (il faut imprimer les feuilles à l’avance, on passe beaucoup de temps à manipuler du papier…). Nos séries d’exercices sont taillées pour les smartphones, ce qui offre beaucoup plus de souplesse.

Au bout de quelques sessions de travail, j’ai remarqué que la difficulté des exercices à l’intérieur d’une même série n’est pas toujours adapté à l’enfant. Par exemple, Mathias a bien à un niveau de CP en français, ce qui correspond à son âge, par contre il a un niveau CE2 en mathématiques (il est passionné par les nombres depuis tout petit). Sa sœur s’est plutôt l’inverse : elle cartonne en français. Du coup, lorsque je travaillais avec eux, je devais naviguer entre les exercices de différents niveaux pour adapter la difficulté. J’ai résolu ce problème en mettant de simples boutons (+) et (-) pour augmenter ou réduire la difficulté d’un exercice en 1 seul clic. Ce type de fonctionnalité c’est typiquement le genre de choses qu’on ne trouve pas sur les outils destinés à un groupe classe.

L’air de rien, ce projet a consommé quasiment 2 semaines de travail à plein temps, quand on aime on ne compte. Nous mettons ce travail à disposition gratuitement car il est primordial que la future génération soit la plus intelligente possible, afin d’être mieux armée contre les petites surprises de « Mère Nature ». Nous ne pouvons compter que sur nos cerveaux pour nous affranchir complètement d’elle.

Conclusion

La priorité absolue est de ne pas tomber malade, pour cela nous prenons de grosses précautions pour limiter les allers-retours au supermarché :

  • Gestion stricte des réserves
  • Rationnement
  • Inventaire des aliments
  • Mise en place de menus hebdomadaires.

La priorité suivante est de ne pas péter un câble, pour cela nous organisons la vie quotidienne avec un emploi du temps, comprenant :

  • Des temps de travail.
  • Des temps de détente.
  • Une séance de sport.

Nous travaillons sur un nouveau projet web, ce qui nous permet d’aller de l’avant et de nous concentrer sur un objectif professionnel concret et utile.

Merci !

J’en profite pour vraiment remercier toutes les personnes qui n’ont pas la chance de pouvoir se confiner comme nous et qui s’exposent donc au coronavirus. Un grand merci aux :

  • Soignants qui ne comptent pas leurs heures.
  • Tous ceux qui œuvrent pour que la production, la livraison et la distribution des produits de premières nécessités fonctionnent.
  • Aux pompiers, aux policiers et aux militaires qui continuent d’assurer notre sécurité.
  • A tout ceux qui luttent pour éliminer ce virus (un bel exemple de Margot, qui explique comment fabriquer des masques pour les soignants).

Portez-vous bien 🙂

2 Replies to “Notre confinement. Vivre et ne pas péter un câble.”

  1. (Re)-bonjour,
    J’avais zappé cet article (je viens depuis la page sur le PBN WP), et il est pourtant tout aussi intéressant dans son registre. Je suis désolé de lire que votre eau courante est quasi-imbuvable (coût en plus, place occupée, pas écolo, etc) Par contre bravo pour l’organisation et la perte de poids cumulée avec la sensation de bien-être corporel ! Pour nous le confinement c’est 5 adultes (dont 3 étudiants) et 1 ado. Nous avons la chance énorme d’habiter en maison en banlieue, d’avoir un petit jardin et un petit bois à la porte du jardin. Fait extraordinaire, depuis le début du confinement la météo est juste superbe. Résultat : nous avons le luxe d’observer la nature qui bourgeonne ou est déjà en fleurs, les oiseaux qui font leurs nids, etc Nos enfants étant trop grands pour suivre un emploi du temps aussi serré que le vôtre, chacun vit un peu sa vie avec des moments partagés (sport dans le jardin, jeux de société, cuisine en commun et jeux vidéo à plusieurs). J’avoue ne même pas oser imaginer la même situation en appartement en centre ville…
    Remarque au passage : Magalie a l’air de faire plus de devoirs que toi François, elle est belle la parité ! (humour)
    Courage à vous, bravo encore et merci pour les ressources partagées !

    1. Merci pour ce long commentaire.

      Magalie me dit de vous dire que faire les devoirs avec les enfants lui permet de se changer les idées et de « faire une pause ». Incroyable mais vrai 😛

      Nous avons un petit souci avec les vacances de Pâques : les enfants n’ont plus de devoirs de la part des professeurs, ce qui fait que notre emploi du temps ne fonctionne plus. Il va donc falloir l’adapter en conséquence sinon les enfants vont passer leur confinement devant Netflix. Rien n’est jamais simple.

      Depuis quelques jours, je passe 20-30 minutes au soleil sur notre petit balcon, car je me sentais un peu raplapla ces dernier temps. C’est fou ce que ça peut faire du bien au moral !

      Voici les dernières nouvelles, j’espère que ça se passe bien avec vos jeunes adultes 🙂

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